SEB: un très mauvais résultat 2025 sans surprise et un plan de rebond incertain
La publication, le 25 février 2026, du résultat 2025 est ressortie en ligne avec les perspectives communiquées aux investisseurs fin octobre lors de la deuxième alerte lancée par le Groupe en moins de six mois.
En 2025, le CA consolidé publié a reculé de 1,2% (8169 M€) et n’a affiché qu’une très faible croissance organique (+0,3%) ; mais, plus inquiétant, la stagnation des ventes prévaut depuis 2021 (8059 M€) alors que le Groupe avait, le 14 décembre 2023, annoncé aux investisseurs une progression annuelle moyenne de ses ventes de 5% à l’horizon 2025-2026.
Même s’il ressort dans le haut de la fourchette annoncée fin octobre, le ROPA 2025 (601 M€) recule de 24% par rapport à 2024 et le taux de marge (7,4%) est au plus bas depuis au moins 20 ans (en incluant l’année du Covid avec un ROPA 2020 de 605 M€ et une marge de 8,7%). Alors que le Groupe avait annoncé aux investisseurs le 14 décembre 2023 qu’il tablait sur une marge opérationnelle d’au moins 10% qui progresserait vers 11%. Dans sa dernière publication la Direction de SEB insiste sur un redressement au T4 2025 en mettant en avant un rebond des ventes et une marge de ROPA de 13,3%, celle-ci restant néanmoins inférieure à son niveau des T4 2024 (14,1%) et 2023 (13,6%). Enfin, compte tenu de la pratique désormais assez récurrente consistant à charger la distribution avec des programmes de fidélité (« sell in » supérieur au « sell out »), on est en droit de s’interroger sur la pérennité du rebond du 4ème trimestre 2025.
La rupture du modèle de croissance rentable soulignée par FÉDÉRACTIVE depuis plusieurs années est toujours d’actualité, comme en atteste la stagnation durable des ventes et la dégradation continue de la marge opérationnelle d’activité (ROPA) (cf. communiqué de presse du 25/05/2023).
En termes de solidité financière, nous constatons une poursuite de la dégradation en 2025, tant au niveau de la génération de liquidités d’exploitation que de la maîtrise de l’endettement net.
En dépit d’une génération de cash-flow libre (FCF) de 337 M€ au 2ème semestre, période structurellement favorable en termes de saisonnalité, le FCF annuel ne s’établit qu’à 124 M€ (après -213 M€ au S1 2025), soit une division par deux par rapport à 2024 (260 M€) et, surtout, un niveau très inférieur à la vitesse de croisière du Groupe (400 à 450 M€).
L’endettement net a continué de s’alourdir de plus de 400 M€ à 2342 M€ en 2025. L’argument qui consiste à le retraiter des 189,5 M€ de l’amende payée à l’Autorité de la Concurrence nous semble discutable car ce règlement a été effectué en prélevant sur la trésorerie disponible. Ainsi, le ratio de levier (dette nette / Ebitda) ressort effectivement à 2,7 fois au 31/12/2025, un niveau supérieur à celui qui prévalait après l’acquisition de WMF (2,3 fois fin 2017). SEB n’a donc pas réussi à se désendetter au cours des huit dernières années. Cela résulte à la fois de la chute régulière de sa rentabilité (Ebitda encore en recul de 18% en 2025) et de la dispersion de ses ressources financières (plus de 500 M€ en cinq ans) dédiées à de petites acquisitions dont on ne perçoit toujours pas l’apport, tant en termes de croissance de l’activité que de contribution à la profitabilité du Groupe.
Enfin, le maintien du dividende 2025 à 2,8 € par action (207 M€ en consolidé dont 155 M€ pour la seule maison mère) correspond à un taux de distribution de 73% du résultat net consolidé (avant intérêts minoritaires) le Groupe n’ayant provisionné sur 2025 que 10% de son plan de réorganisation pourtant annoncé au marché fin octobre 2025. Si l’intégralité du plan avoisinant 250 M€ avait été provisionnée, comme cela se pratique généralement pour les sociétés cotées lorsque la décision est connue, le taux de distribution aurait dépassé 100% ! Cette option, choisie par la Direction et le Conseil d’Administration, reporte la charge sur l’exercice 2026, et du point de vue extra financier (ESG) elle exonère les actionnaires de prendre leur part de l’effort alors que les salariés subissent des réductions de postes (2100 suppressions d’emplois dans le monde dont 1400 en Europe incluant 500 postes en France). Le seul objectif concret du plan, présenté en détail le 25/02/2026, vise à réaliser 200 M€ d’économies opérationnelles à l’horizon 2027 afin de restaurer la marge de ROPA.
Le plan de rebond annoncé le 23 octobre dernier doit, selon le Groupe, permettre de « renouer avec une trajectoire de croissance rentable », SEB étant confronté depuis 2018 à une dégradation structurelle de sa croissance organique : au niveau consolidé, celle-ci est passée en moyenne annuelle de +3,4% sur la période 2018-2023 à +2,3% sur 2018-2025, notamment sous l’effet d’une quasi-stagnation durant la période post Covid (+1,4% sur 2021-2025). Au-delà des économies envisagées, c’est donc sur la redynamisation de l’activité commerciale que la marge de ROPA pourra retrouver durablement son niveau historique de 10% voire le dépasser.
Les leviers que la Direction de SEB annonce vouloir actionner s’inspirent des atouts qui ont conduit au succès des nouveaux entrants chinois (SharkNinja et autres Dreame ou Roborock) sur les marchés historiques du Groupe, qui a notamment perdu des parts de marché en Europe et en Amérique du Nord depuis 2019-2020 (cf. communiqué de presse du 25/05/2023). La Direction actuellement en place a donc décidé avec plusieurs années de retard de :
- renforcer le lien direct avec le consommateur (D2C) au détriment des circuits classiques de distribution ;
- développer le marketing digital via les réseaux sociaux notamment, accélérer les ventes en ligne sur le modèle de Supor en Chine ;
- transformer la relation consommateurs-marques ce qui à nos yeux implique de cesser de multiplier les petites acquisitions pour se concentrer sur la visibilité des marques Premium (type All-Clad, Lagostina, WMF…) afin de promouvoir l’attractivité des produits phares du Groupe (ce qui a fait le succès du concurrent britannique Dyson).
Leader mondial du petit électroménager, SEB est, de longue date, doté d’équipes de veille stratégique qui n’ont probablement pas manqué d’alerter leur Direction sur la mutation concurrentielle du secteur. Au regard du temps de réaction et de l’incapacité de cette Direction à prendre depuis 2020 les décisions nécessaires, nous doutons de la capacité de l’équipe actuelle à relever le défi de la croissance future et à réussir l’exécution de son plan de rebond.
Le choix de provisionner l’essentiel du plan sur l’exercice 2026, qui profitera peu des économies opérationnelles attendues majoritairement en 2027 et in fine en 2028, nous interpelle d’autant plus que le management a insisté sur l’absence de visibilité pour ne fournir que des perspectives vagues pour 2026. Nos doutes sont renforcés par le fait que la Direction de SEB acte de son échec passé en recourant pour l’horizon 2027 (voire 2028) à un « copier-coller » des objectifs stratégiques de décembre 2023 qu’elle n’a pas atteints en 2025, et qu’elle n’atteindra pas en 2026.
Afin de donner au Groupe les meilleures chances de réussir son plan de rebond et de renouer avec la croissance profitable, FÉDÉRACTIVE recommande aux actionnaires de voter à la prochaine Assemblée générale contre le maintien du dividende proposé par le Conseil d’administration afin de privilégier le désendettement du Groupe. Elle préconise pour l’année 2025 1) de réduire la rémunération des administrateurs afin qu’ils prennent part à l’effort et 2) de ne pas attribuer de bonus et autres rémunérations variables et de ne pas augmenter la rémunération fixe des dirigeants mandataires sociaux qui sont responsables de la situation. Toutes ces mesures contribueront à préserver le consensus social au sein du Groupe.
Télécharger le présent communiqué en PDF et le communiqué du 25/05/2023
Le 12 mars 2026 Communiqué de presse FÉDÉRACTIVE - Résultat SEB 2025 publié et plan rebond
Contact FÉDÉRACTIVE : Pascal Girardot - 06 86 44 75 71 pascal.girardot4@gmail.com